mardi 11 septembre 2012

Le livret et la musique de "Parsifal"

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Le livret de Wagner est inspiré du "Parzifal" de Wolfram d'Eschenbach, écrit tout au début du XIII ème siècle. Ce livre est inspiré lui-même d'un roman français "Perceval le Gallois", écrit par Chrétien de Troyes à la fin du XII ème siècle, lequel Chrétien dit avoir puisé ses sources dans un livre reçu de son protecteur Philippe d'Alsace, mort à la croisade. Mais ce dernier livre prêté par Philippe d'Alsace est bien sûr inspiré par tout un ensemble de traditions galloises et celtiques. Le Graal, vase sacré contenant le sang du Christ, y tient une très grande place.
En écrivant son livret, c'est un fait, Wagner a été moins poète que pour les précédents. Certains passages sont même confus. Est-ce l'âge? la maladie? Cependant si le détail pèche souvent, si le jeu des sonorités et des rythmes est passable, l'ensemble est magistralement ordonné et témoigne toujours d'un esprit de synthèse génial.
Quant à la musique, elle est inclassable. Elle élève décidément le texte au rang d'un drame sacré (ein Bühnenweihfestspiel, selon la définition de Wagner). L'ensemble texte et musique évoque à la fois les "Passions" de Bach, la "Flûte Enchantée" et la "Missa Solemnis" de Beethoven, comme le souligne Pierre Boulez dans son chapitre: "Chemins vers Parsifal", Points de Repère, Éditions du seuil.

Faisant appel au merveilleux mythique, l'oeuvre est à la fois concrète et abstraite. Sa qualité éminente est dans l'impression qu'elle nous donne d'un tout homogène, d'une continuité parfaite et, selon la formule de Léon Emery :"d'une unité fluide pareille à celle d'une nébuleuse qui serait en même temps un univers solide."Tantôt la musique ponctue ou accompagne le récitatif. Tout l'art du chef d'orchestre est de la ramener "avec souplesse" à la durée du discours. Tantôt elle se développe dans toute sa pureté en préludes, interludes et postludes.
Entre le récitatif et la musique pure, il y a les choeurs. Choeurs admirables où s'opère le repos de l'idée. Tantôt ils encadrent les propos de Titurel, d'Amfortas et de Parsifal, qui représentent respectivement le Passé, le Présent et l'Avenir. Tantôt ils portent les élans des Filles Fleurs, brillant intermezzo entre les grands actes graves du début et de la fin.
Ce qui caractérise le plus la musique de Parsifal, c'est sa continuité. Jamais Wagner ne noya mieux l'identité musicale. Ce parfait écoulement est tout à l'opposé du sens du texte: l'exigence d'un retour périodique à des Réalités Essentielles, ce qui est le propre du sacré. En cette oeuvre, une musique héraclitéenne (qu'on excuse ce vocabulaire) est au service d'un texte parménidien.

1 commentaire:

  1. Bonsoir Jacques,
    Étant actuellement à la recherche de tout article intéressant me permettant de me préparer à aller voir prochainement "Parsifal", votre contribution sur le net a retenu toute mon attention... J'ai donc lu attentivement votre texte... mais j'ai toutefois pas mal de difficultés à comprendre les liens établis dans la fin de votre discours avec Héraclite et Parménide. Pourriez-vous m'éclairer à ce sujet? D'avance, je vous remercie...

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