lundi 2 juillet 2012

Le serpent dans La Flûte enchantée.

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Photo Malgbern


Le Serpent

Le Serpent dans la Flûte Enchantée.

Voici donc un serpent qui se dirige vers un jeune homme, lequel n'a rien pour se défendre et perd connaissance, comme si les noeuds de la bête l'avaient déjà étouffé. A proprement parler, il n'y a pas lâcheté mais perte de soi-même.
Les Trois Dames portent alors chacune un coup à l'agresseur, le tronçonnant en trois morceaux, alors qu'il devrait y en avoir quatre! Ce qui signifie que nous sommes au niveau symbolique le plus élevé et le plus homogène.
Le serpent est en effet, avec l'arbre, le symbole sans doute le plus riche de toute la culture mondiale. Se mordant la queue en formant un cercle, il est Ouroboros, l'avaleur qui s'avale. Il est censé se manger et se régénérer en même temps, la Mort naissant de la Vie et la Vie de la Mort.

Tournant sur lui-même à l'infini, il est l'immobilité et l'éternité de la nature sous l'apparence changeante. Mais ici il se présente tout de son long. Il se dirige vers Tamino, en des mouvements ondoyants qui se voudraient enveloppants. Par là, le serpent est l'image des forces élémentaires, instinctives, aveugles, tendant à étouffer l'être humain par leur excès, en portant atteinte à sa partie raisonnable et spirituelle.

D'où l'opposition dans l'Homme entre les forces naturelles obscures d'influence lunaire et les forces claires solaires venant de sa psyché.
Mais il s'avère que le serpent est fixé au sol et tronçonné. Ainsi, dans l'ancienne Egypte, les prêtres de Ré, dieu de la lumière et donc Soleil lui-même, piétinaient et écrasaient tous les matins, tous les midis et tous les soirs, l'effigie du serpent Apophis sur le sol du temple, afin d'aider Ré à sortir une nouvelle fois à l'horizon des ténèbres souterraines où Apophis était censé le retenir et l'altérer et surtout par temps d'orage ou d'éclipse!
Mais si le serpent est fixé au sol, il n'est pas mort pour autant. Comment pourrait-il mourir, étant la Vie, étant le réservoir de toutes les potentialités, le lieu primordial de toutes les différenciations? Aussi vaut-il mieux dire qu'il est maintenant jugulé par ces trois coups. Trois étant, comme on l'a déjà dit, le nombre symbolique par excellence. Celui de l'achèvement, de la perfection réalisée; sa signification principale étant d'harmoniser les contraires: ici, les forces élémentaires et les forces spirituelles de l'Homme.
Le modèle du serpent de La Flûte est, dans le roman Sethos de l'abbé Terrasson, le Grand Serpent de Lybie qui fait l'objet d'une expédition de Sethos et de ses amis, sous la conduite d'Amedès. Ce Grand Serpent, curieusement, n'est pas tué mais maîtrisé et ramené à Memphis pour être mis dans un zoo!
En fait, c'est en Tamino que quelque chose est mort vraiment. Mort avec cet évanouissement et avec ce réveil, qui correspondent à un changement de statut en lui. Mort à ce qu'il était jusque-là ou qu'il aurait pu être si... Un abcès serpentin a crevé en lui. Il se réveille un autre qu'il n'était: qui suis-je? où suis-je?
Oui: ce sont là une mort et une renaissance déjà initiatique, apparemment dues au hasard, plutôt passives et involontaires par rapport à la mort et à la renaissance qui constituent la véritable initiation à venir. Comme si Apollon lui eût fait la grâce d'étouffer les assauts du serpent python en lui, presqu'en dormant! Mais maintenant le voilà prêt pour la suite. Et la suite ce sera, sur le lit du désir jugulé, la découverte de l'amour.
Quant aux Trois Dames, ce qu'il faut noter, c'est tout ce charme qu'elles dégagent, toute cette finesse que Mozart a mise en elles. L'humour dans cette histoire, est qu'elles s'intéressent à quelqu'un dont elles ont contribué à assagir les désirs intempestifs et désordonnés, au profit de l'éveil d'un sentiment amoureux dont elles ne seront pas l'objet.

Mozart








































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